Stratégie de puissance

Bref historique

Au début des années 1960, l'Informatique est devenue une donnée essentielle dans le processus de modernisation des pays développés. Le général de Gaulle appuya cette démarche par le plan Calcul et le lancement de l’entreprise Bull en partant du principe que la modernisation de l’outil industriel s’inscrivait à la fois dans le cadre de développement de la France et dans la préservation de son indépendance.

Stratégie de puissance des États-Unis

La stratégie de puissance des États-Unis, telle qu'elle a été élaborée après la guerre du guerre du Viêt Nam, a pour objectif la domination par la connaissance. Elle s'appuie notamment sur la maîtrise de l'internet.

Selon un officier français qui a travaillé avec les Américains lors de la Première guerre du Golfe en Irak (1991), la stratégie du gouvernement américain repose sur trois caractéristiques principales méconnues de la plupart des dirigeants français :

Cette stratégie fait l'objet d'un assez large consensus aux États-Unis, indépendamment de la majorité au pouvoir.

Par l'intermédiaire de leurs systèmes réseau-centrés, les États-Unis influencent les grandes organisations internationales comme les Nations unies, l'OCDE, l'Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Chambre de commerce internationale, le Programme des Nations unies pour l'environnement, la FAO, l'Unesco, le World Business Council on Sustainable Development, l'Organisation internationale du travail, la Commission européenne (qui dispose du monopole de l'initiative dans l'Union européenne), etc. et même les grandes ONG environnementales comme le World Wildlife Fund Global Network, Friends of the Earth US et UK, Greenpeace International, l'Union internationale pour la conservation de la nature, etc.

Selon l'officier français dont j'ai parlé, les filiales françaises des grands cabinets de conseil anglo-saxons ignorent totalement cette stratégie du gouvernement américain, car finalement ces cabinets servent des intérêts américains.

Le gouvernement américain pratique en outre une politique de protectionnisme visant à interdire dans les marchés publics les produits qui ne sont pas fabriqués aux Etats-Unis, une politique de soutien systémique à l'exportation des grandes entreprises américaines (advocacy policy), une politique de développement de normes internationales dans les techniques de l'information qui imposent leurs standards (comme la norme de commerce électronique ebXML). Les États-Unis usent de leur influence culturelle, par l'hégémonie de la langue anglaise dans le milieu des affaires et la puissance de l'industrie du cinéma américain. Enfin, la suprématie des entreprises américaines dans le domaine des techniques de l'information (IBM, Hewlett-Packard, Microsoft, Apple, Google, Facebook...) est une évidence pour tous.

Selon l'officier français dont j'ai parlé, les États-Unis cherchent à « bloquer la France dans un ancien modèle ».

Comment réagir ?

Il est illusoire de penser que les techniques de l'information et de la communication ont une empreinte environnementale négligeable (voir dans la Wikipédia francophone Dématérialisation / Aspects environnementaux). Il est donc permis de douter que, comme le prétend Paul Romer, la connaissance puisse se substituer comme par enchantement à la rareté des ressoures naturelles, et serait une ressource infinie ! Cette posture, qui certes procure aux États-Unis la suprématie dans le domaine des techniques de l'information, oublie que si tout le monde vivait selon le mode de vie d'un Américain du Nord, il faudrait six planètes comme la Terre pour nourrir tous ses habitants.

Dans les années 2003-2005, la France était sur la bonne voie, avec la mise en place d'une politique publique d'intelligence économique et la création des pôles de compétitivité.

Dans sa lettre aux Français annonçant le grand débat national à la suite de la crise des Gilets jaunes, le président Macron écrit : « La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail .(...). Je pense toujours que nous devons rebâtir une souveraineté industrielle, numérique et agricole et pour cela investir dans les savoirs et la recherche. Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine. Je pense toujours que l’épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n’a pas changé. (...)  Comment voudriez-vous que l’État soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? (...)  Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ? ». Le 15 janvier, lors du lancement du grand débat national, il déclare vouloir « réussir à faire vivre une république de la délibération permanente ».

Face à la politique du gouvernement américain, qui mène de toute évidence à une impasse étant donné qu'elle a pour résultat de maintenir ou d'accroître les inégalités d'accès à la connaissance, il est de notre intérêt de passer à un nouveau modèle, un nouveau paradigme, dans lequel chaque internaute puisse contribuer à la Toile. C'est cela la démocratie participative ! Les enjeux de la valorisation des informations non structurées dans le Web 2.0 sont, pour les entreprises et les administrations :

(réf. : APIL, Aproged, Cigref, Livre blanc - Valorisation des informations non structurées, octobre 2007, p. 15-16).

Il ne suffit pas de dire qu'il faut travailler. Dans la situation bloquée actuelle, il faut expliquer, avec pédagogie, comment travailler.

Il est de notre intérêt, comme de celui de la planète, d'agir de manière responsable, par de l'innovation, mais en alliant la gestion des informations non structurées, constitutives de la connaissance, et procurant des avantages compétitifs, à la responsabilité sociétale des organisations, conciliant le respect de l'environnement, l'équité sociale et la rentabilité économique (norme ISO 26000).

Vincent Jauvert, dans son dernier ouvrage, écrit : « certains hauts fonctionnaires bénéficient de privilèges, d'impunité et de pouvoir, qui font penser à ceux des aristocrates de l'Ancien Régime ». Sans aller jusqu'à porter un tel jugement, j'ajouterais que cette situation résulte en grande partie d'un certain aveuglement des élites françaises sur ce qui se passe à l'extérieur de l'Europe. Il est urgent d'ouvrir les yeux et de redonner la parole au peuple qui, dans la constitution française, est le seul souverain.

Bibliographie

  • Éric Denécé, Claude Revel, L'autre guerre des États-Unis, Économie : les secrets d'une machine de conquête, Éditions Robert Laffont S.A., Paris, 2005
    Les systèmes network-centric sont abordés succinctement page 58 (bien que non nommés ainsi).

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