Innovation responsable

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Quelles solutions aux problèmes environnementaux ? La réponse apportée à cette question par la plupart des écologistes, et la voie qu'a suivie jusqu'à présent le gouvernement français, est celle de l'écologie punitive : taxer les Français en espérant qu'ils changeront de comportement. Nous voyons bien (mouvement des Gilets jaunes) que la fiscalité sur les carburants telle qu'elle existe actuellement n'est pas équitable entre les différents modes de transport (carburant automobile de plus en plus lourdement taxé, kérosène des avions et fioul lourd des navires non taxés), est qu'elle n'est donc pas durable. Le principe pollueur-payeur montre ici ses limites, et il doit être subordonné au principe d'équité.

Nous voulons ici souligner l'importance cruciale de la connaissance. Dans l'encyclique Centesimus annus (1991), Jean-Paul II affirme que « à notre époque, il existe une autre forme de propriété et elle a une importance qui n'est pas inférieure à celle de la terre : c'est la propriété de la connaissance, de la technique et du savoir. La richesse des pays industrialisés se fonde bien plus sur ce type de propriété que sur celui des ressources naturelles » (§ 32). Il regrette néanmoins que « de nombreux hommes, et sans doute la grande majorité, ne disposent pas aujourd'hui des moyens d'entrer, de manière efficace et digne de l'homme, à l'intérieur d'un système d'entreprise dans lequel le travail occupe une place réellement centrale. Ils n'ont la possibilité ni d'acquérir les connaissances de base qui permettent d'exprimer leur créativité et de développer leurs capacités, ni d'entrer dans le réseau de connaissances et d'intercommunications qui leur permettraient de voir apprécier et utiliser leurs qualités » (§ 33).

La voie que nous proposons ci-dessous dans le domaine des systèmes d'information est celle de l'écologie positive et consiste à libérer l'énergie créative des citoyens, à commencer par les plus modestes. Les solutions sont bien évidemment à la fois complexes, multiples, et incertaines. Nous n'avons ici que l'ambition d'identifier quelques pistes qui se présentent à nous. Elles reposent sur la conviction que les facteurs de différenciation de la compétitivité des économies dans le nouveau monde reposent sur les informations non structurées, constitutives de la connaissance, et non sur les informations structurées. Il faut mener une politique d'innovation. Il faut faire de l'innovation non pas anarchique, comme on la pratique trop souvent, mais de l'innovation responsable, soumise à des exigences de développement durable, c'est-à-dire environnementales, sociales et économiques. Chaque citoyen doit pouvoir participer en apportant ses idées, selon le principe de participation cher au général de Gaulle.

Comme le montre le livre blanc publié en octobre 2007 par l'Association de Promotion de l'Informatique Libre (APIL), l'Aproged et le CIGREF sur la valorisation des informations non structurées, les informations non structurées correspondent à un nouveau paradigme, et l'optimisation de leur gestion répond à quatre enjeux :

Les grands cabinets de conseil internationaux n'ont, en dépit de leurs objectifs affichés de « cost killing » (l'expression n'existe pas en américain, mais cela fait bien de paraître parler américain), pas réellement intérêt à réduire globalement les coûts, étant donné qu'ils facturent les prestations de leurs consultants, souvent de jeunes diplômés inexpérimentés, à des prix astronomiques ! La plupart des grands cabinets ont plutôt intérêt à facturer le plus cher possible leurs prestations et à maintenir le statu quo.

Ce que j'appelle innovation responsable, ce n'est pas une forme de progrès qui privilégie les solutions techniques les plus sophistiquées. Il s'agit au contraire de rechercher des solutions souvent simples, pas trop coûteuses, donc bonnes sur le plan environnemental, social et économique. On parle pour cela quelquefois de low-tech.

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Fondements philosophiques et moraux

La première solution est d'ordre philosophique et moral. Dans le paradigme copernicien (héliocentrisme), la représentation du monde était celle d'un univers infini (cf Alexandre Koyré, du monde clos à l'univers infini). La crise globale que nous traversons est le signe qu'une nouvelle révolution est en cours et que nous entrons progressivement dans un paradigme radicalement différent (voir la page « changement de paradigme »). À la suite de Dominique Bourg, il est indispensable que les philosophes et les hommes politiques prennent conscience de la « finitude écologique de la Terre » (La nature en politique ou l'enjeu philosophique de l'écologie, L'Harmattan, p. 16). À leur suite, tous les experts doivent apprendre à manipuler les concepts d'empreinte écologique et de biocapacité.

Toujours dans le domaine philosophique, il faut se souvenir de ce que Jacques Ellul écrivait : « ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » (Jacques Ellul, Les Nouveaux possédés, 1973 ; 2e édition, 2003, Les Mille et une Nuits, p. 316). Il faut donc éviter absolument d'ériger un culte à internet (Philippe Breton, Le culte d'internet). Il n'est plus possible de placer la technologie au sommet de notre hiérarchie des valeurs : le philosophe André Comte-Sponville distingue quatre ordres : l'ordre économico-techno-scientifique ; l'ordre politico-juridique ; l'ordre de la morale ; l'ordre de l'amour. Au plus haut niveau se trouve l'amour. L'économie, la science et la technique sont au niveau le plus bas (André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?). Nous devons apprendre à placer le bien_commun au cœur de nos décisions et de nos actes à tous les niveaux.

Tous les citoyens doivent s'informer sur les questions liées au développement durable, et en tenir compte dans leur sphère d'activité (René Dubos : « penser global, agir local »). Il faut prendre garde à éviter toute idéologie (nihilisme, scientisme, écologie profonde...). Cela peut se traduire simplement au niveau du langage. Par exemple, il est souhaitable d'éviter d'employer inconsidérément les mots « immatériel », « dématérialisation »,  « virtuel », « technologies ». Derrière ces mots se cachent souvent de fausses solutions. Pour les brevets, il est préférable d'employer l'expression « capital intellectuel » plutôt que « capital immatériel ».

Le député Bernard Carayon a montré que l'ONG Transparency International ne fournit pas les garanties d'indépendance et de neutralité indispensables à la lutte contre la corruption. Derrière l'illusion de l'« immatériel », se cache l'aveuglement occidental sur les aberrations du traitement des déchets électroniques dans le monde. Il serait souhaitable d'explorer la corruption qui existe dans ce domaine, en examinant de près l'étude de Greenpeace « Where does e-waste end up? » (24 février 2009). Des filières illégales de traitement des déchets se sont mises en place (par exemple à Accra au Ghana). Il faut une législation beaucoup plus contraignante sur la fin de vie des déchets électroniques.

Il y a en outre un besoin urgent d'une déontologie des ingénieurs, qui puisse s'exercer le cadre d'une structure professionnelle des ingénieurs adaptée aux enjeux sociétaux, sous la forme par exemple d'un ordre des ingénieurs.

Souvenons-nous enfin que l'humilité est à la base de l'esprit de responsabilité et de service. Elle nous vient de l'évangile des Béatitudes (« heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux » ).

Stratégie de normalisation adaptée aux enjeux sociétaux (ISO 26000)

Aujourd'hui, certains standards imposés par des industriels ont tendance à figer des choix techniques ou des solutions propriétaires (par exemple Microsoft Windows), et limitent les possibilités d'innovation dans les domaines concernés. Cette standardisation de fait conduit souvent à la production de masse, et entraîne une consommation excessive de ressources (voir par exemple l'explosion des ressources nécessaires pour Windows 7 / Office 2010 par rapport à Windows 98 / Office 97 signalée par Frédéric Bordage, www.GreenIT.fr).

Il faut s'orienter vers une véritable normalisation adoptée avec la concertation de la société civile (associations de consommateurs, ONG environnementales...). Sur ce point, la norme ISO 26000 relative à la responsabilité sociétale des organisations, publiée en novembre 2010, est l'archétype du type de norme dont il faut encourager la mise en œuvre. La France et l'Union européenne y ont fortement intérêt. Dans cette optique, outre l'utilisation durable des ressources, la question de la prise en compte des attentes des parties prenantes est centrale dans cette norme, notamment du point de vue de la gouvernance de l'organisation. La responsabilité sociale et environnementale doit devenir un principe structurant de l'influence normative française, comme le propose le rapport de Claude Revel « Développer une influence normative internationale stratégique pour la France » (janvier 2013). Cependant, il y a une difficulté du fait que la norme ISO 26000 n'est qu'une « norme de comportement », c'est-à-dire qu'elle ne propose pas d'exigences, mais seulement des lignes directrices. Plusieurs organismes d'évaluation sociétale ont proposé, à la demande de leurs clients, des méthodes d'évaluation selon la norme ISO 26000. AFNOR Certification a élaboré une méthode d'évaluation destinée aux collectivités : AFAQ 26000 Collectivités. Il serait profitable d'étendre ce type d'évaluation aux ministères et d'harmoniser les méthodes d'évaluation entre les différents pays de l'Union européenne. Il faudrait également étudier quelles sont les conséquences de cette norme dans le domaine des systèmes d'information.

Une autre idée féconde consiste à coupler la mise en œuvre de la norme ISO 26000 avec une démarche par la cindynique, qui est la science du danger. La cindynique s'intéresse en effet aux risques majeurs, quels que soient leurs types (industriels, environnementaux, sociaux, économiques...). On trouve en France d'excellents spécialistes de la cindynique et de la gestion des risques, tels que Georges-Yves Kervern (Éléments fondamentaux des cindyniques, Economica, Paris, 1995) et Patrick Lagadec.

En outre, notre pays trouverait de nombreux avantages à traduire en français les normes de métadonnées, qui sont quasiment toutes en anglais. Ces normes sont à la base du web sémantique, dont nous avons souligné l'intérêt plus haut. L'une de ces normes concerne le secteur de l'agriculture (AgMES).

Partage structuré des informations : web 2.0 (wiki, réseaux sociaux...), gestion des connaissances, web sémantique

Le phénomène des big data (mégadonnées)

On constate aujourd'hui une prolifération anarchique de ce que les professionnels de l'informatique appellent des « informations non structurées ». Il s'agit du phénomène connu sous l'expression « Big data » (mégadonnées en français). Outre que ce phénomène est particulièrement consommateur en ressources, il introduit un brouillage cognitif et pose de sérieux problèmes de sécurité des données. Les Big Data sont incompatibles avec le processus ITIL de gestion de la capacité. L'objectif principal de ce processus est la compréhension des besoins de l'entreprise et la transcription de ces besoins en capacité informatique. Les besoins de l'entreprise se déduisent des besoins et des attentes des clients et des autres parties prenantes. Besoins lorsque ceux-ci sont clairement exprimés par le client, attentes lorsque celles-ci ne sont pas explicitement formulées mais peuvent se déduire de l'analyse des enjeux sociétaux. Les besoins peuvent être facilement recueillis par les entreprises. En revanche, les attentes nécessitent des études très approfondies, qui ne peuvent être menées efficacement que par des associations d'entreprises (ORSE, Entreprises pour l'Environnement, pôles de compétitivité...) ou des organismes de recherche publique. On ne peut que constater ici le besoin d'une gouvernance d'internet, qui aurait de plus l'avantage d'éliminer les informations illégales, néfastes, ou peu utiles.

 

Sources ouvertes

Au niveau informationnel, il faut organiser et structurer les sources ouvertes qui, au-delà des aspects purement économiques, incluent d'autres dimensions, non seulement environnementales, mais aussi sociales, culturelles, linguistiques..., de façon à décloisonner les organisations. Ces sources, externes aux entreprises, doivent fournir des informations de contexte utiles aux entreprises et aux administrations dans la construction de leurs référentiels d'information.

 

Web 2.0

Il est possible d'organiser le travail collaboratif avec des outils d'informatique communicante (que l'on appelle souvent de façonun peu floue le Web 2.0, en d'autres termes une forme d'utilisation du Web dans laquelle l'utilisateur peut non seulement consulter l'information mais aussi la modifier).

Si nous prenons l'exemple de l'agriculture, et en se limitant à la France, les bonnes pratiques agricoles, le plan régional de l'agriculture durable, le plan de développement de l'industrie agroalimentaire, la gestion de l'énergie dans les exploitations agricoles, le programme national pour l'alimentation, les circuits courts, le plan de développement durable de l'apiculture, les appellations d'origine contrôlée sont des sujets parmi d'autres où l'on a besoin de partager des informations non structurées. Ce sont des champs d'application potentielle pour l'informatique communicante.

Pour se rendre compte qu'il existe de fortes affinités entre le web 2.0 et le développement durable, il suffit de faire une recherche sur la Toile sur "sustainable development" et "web 2.0" (250 000 résultats !).

 

  • Wiki

Il faut imaginer des méthodes de travail collaboratif utilisant un ensemble d'outils connectés aux acteurs institutionnels des Etats-membres de l'Union européenne, ciblés sur les problématiques de développement durable (car environnement, social et économie sont liés), correctement modérés à partir de chartes bien définies. Il ne s'agit naturellement pas de n'importe quel type d'outils. Outre les systèmes de gestion de connaissance déjà cités, on peut penser à différentes générations d'outils : Wiki d'entreprise (déjà employé par de grandes entreprises), et plus généralement gestion de contenu, logiciels de groupe (groupware), réseaux sociaux d'entreprise (voir ci-dessous), systèmes de gestion des connaissances. Derrière ce flou sémantique que l'on retrouve souvent dans la terminologie des « technologies de l'information et de la communication » et qui est dû à un jargon informatique mêlant sigles et anglicismes, il faut se poser la question de la confidentialité des informations dès lors que ces outils sont accessibles aux parties prenantes externes concernées. Il faut donc qu'ils soient strictement sécurisés selon des normes européennes. La difficulté dans ce domaine est de gérer l'intégrité et la confidentialité des données par rapport aux acteurs internes ou externes de l'organisation. Il faut souligner à ce sujet une différence assez radicale de la culture de confidentialité entre les États-Unis et l'Europe, tout particulièrement la France, due aux conditions très différentes entre lesquellles les États-Unis et l'Europe continentale ont vécu la Seconde Guerre mondiale. Philippe Baumard, en parlant de l'échec de la théorie des réseaux sociaux, évoque une nécessaire discrétion du pouvoir local et du pouvoir collégial pour préserver l'ancrage de la production de connaissances dans des mécanismes institutionnels locaux et collégiaux (Christian Harbulot (dir.), Manuel de l'intelligence économique, PUF, 2012, p. 181). Discrétion ne signifiant pas secret, il faut aussi savoir partager les connaissances.

Une application possible dans le domaine de l'agriculture par exemple serait de créer une encyclopédie en ligne francophone de l'agriculture et de l'alimentation, accessible sur la Toile à tous les francophones équipés d'un accès à Internet, dans la mesure où celle-ci ne ferait pas double emploi avec la Wikipédia francophone (on peut le penser étant donné que la Wikipédia est très occidentalo-centrée). L'objectif d'une telle encyclopédie, si elle était développée dans les pays d'Afrique francophone par exemple ou dans d'autres pays pauvres, serait de lutter contre la faim, de favoriser l'agriculture traditionnelle de ces pays, donc leur souveraineté alimentaire, même si on se heurterait au problème du faible accès à l'électricité et du faible accès à Internet en Afrique surtout dans les zones rurales. Elle aurait logiquement tendance à freiner l'exode rural. Pour les pays francophones développés, l'avantage de cette encyclopédie serait de favoriser l'agroécologie, l'agriculture biologique ou durable, de revaloriser le métier d'agriculteur et de contribuer au développement des zones rurales oubliées de la mondialisation. Outre le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation (notamment la Direction générale de la Performance économique et environnementale des entreprises, mais aussi la DGAL, la DGER et la DPMA), les partenaires possibles d'un tel projet seraient les associations d'agriculteurs, l'Académie d'agriculture de France, le Groupe interacadémique pour le développement-Agri (GID-Agri), l'Institut national de la recherche agronomique, l'Agence française de développement, l'Organisation internationale de la francophonie (qui intervient au niveau international dans le développement local et solidaire et l'initiative Objectif 2030), les principales ONG de lutte contre la faim (CCFD-Terre solidaire et Action contre la faim) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avec son Comité de la sécurité alimentaire mondial, qui a besoin de mieux prendre en compte les questions de nutrition.

Dans les grandes villes, les régions et les départements, il est possible de déployer des wiki territoriaux. La France est très en retard sur l'Allemagne dans ce domaine.

La société française XWiki est spécialisée dans le développement de wikis.

Une recherche sur la Toile sur "sustainable developement" et "wiki" remonte 3 580 000 résultats.

 

  • Réseaux sociaux

Il peut aussi s'avérer utile de lancer des réflexions sur l'application des réseaux sociaux d'entreprise et plus généralement des réseaux sociaux au développement durable.

On a pu constater, avec le mouvement des Gilets jaunes en France, que l'utilisation anarchique des réseaux sociaux peut engendrer de la violence. Il pourrait être avantageux que les communes françaises utilisent des réseaux sociaux dans le cadre des cahiers de doléance et du Grand débat national souhaité par le président de la République, mais il faut au préalable qu'elles disposent d'un site internet. L'Association des maires de France et surtout l'Association des maires ruraux de France (pour les communes de moins de 3 500 habitants) sont sans doute les meilleures structures pour diffuser les bonnes pratiques dans ce domaine. Les communes rurales peuvent utiliser le service campagnol.fr pour créer leur site internet avec des moyens réduits.

Les organisations qui se lancent dans une démarche de réseau social doivent fixer des objectifs et nommer un animateur de communauté (community manager en anglais).

Une recherche sur la Toile sur "sustainable development" et "social network" remonte 1 210 000 résultats.

 

Gestion des connaissances - Communautés d'intérêt et communautés de pratique

Le concept de communauté d'intérêt est particulièrement pertinent pour réorganiser l'économie. Mais nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, lorsque l'on pensait que les seuls agents économiques privés, guidés par leur seul intérêt personnel, et aidés en cela par une « main invisible », agissaient naturellement dans le sens de l'intérêt général (Adam SmithLa Richesse des Nations, 1776). L'État doit prendre ses responsabilités. Les administrations doivent piloter des communautés d'intérêt, et ceci à différents niveaux : l'Union européenne, les administrations centrales, les secteurs d'activité (généraliser l'expérience Construction21, site internet développé par le CIRIDD) et les pôles de compétitivité, les régions et les collectivités locales. Ce serait un levier très utile pour relocaliser l'activité et dynamiser les territoires, dans un esprit d'économie de ressources.

La gestion des connaissances (knowledge management en anglais) s'avère une discipline particulièrement prometteuse pour s'orienter vers un développement durable. Il s'agit de gérer des bonnes pratiques, des retours d'expérience, dans tous les domaines de l'économie, dans l'agriculture, les services environnementaux, etc.. La gestion des connaissances s'appuie sur des communautés de pratique, ainsi que sur la notion de cartographie des connaissances, ou carte des connaissances (knowledge map en anglais). Les cartes de connaissances permettent de partager des connaissances selon des axes de préoccupation. Il sera possible, dans un avenir proche, de  greffer les cartes de connaissances sur les documents des entreprises ou administrations (fichiers Excel, bases de données, etc.) pour obtenir des tableaux de bord et piloter les grandes organisations.

Pour se rendre compte qu'il existe des affinités entre la gestion des connaissances et le développement durable, il suffit de faire une recherche sur la Toile sur "sustainable knowledge management" (18 700 résultats).

Toutefois les systèmes de gestion des connaissances sont souvent d'une génération plus ancienne que les systèmes web 2.0, et leur utilisation est soumise à des licences (cas de Microsoft Sharepoint). En outre, ce sont souvent des produits américains.

 

 

Web sémantique

Pour introduire  une structuration du partage des informations, il peut aussi y avoir un aspect plutôt sémantique et un aspect plutôt de travail collaboratif en informatique communicante. Que ce soit pour le sémantique ou l'informatique communicante, il faut passer d'une logique quantitative, celle d'informations structurées en silo, à une logique qualitative, celle qui permet de partager de façon organisée des informations non structurées entre des entreprises étendues.

Le web sémantique devrait constituer le cœur des systèmes d'information futurs. Ce noyau sémantique est constitué d'informations de niveau surtout conceptuel. Remarquons que le noyau des projets de données ouvertes (Open data) est constitué par du sémantique (voir le projet français Etalab ou les systèmes dérivés de la directive européenne Inspire). Ce sont des données particulières, les métadonnées, qui permettent de structurer le partage d'informations dans les systèmes sémantiques. La France pourrait par exemple prendre l'initiative de construire une base sémantique multilingue sur les matières premières, à la suite de l'initiative Matières Premières 2008 de l'Union européenne.

Pour se rendre compte qu'il existe de fortes affinités entre le web sémantique et le développement durable, il suffit de faire une recherche sur la Toile sur "sustainable development" et "semantic web" (155 000 résultats !).

Toutefois, le veb sémantique présente l'inconvénient de ne pas pouvoir être modifié par l'internaute, de sorte que la mise à jour est réservée à quelques experts. C'est un système moins «  démocratique  » que le web 2.0.

 

Outils pour l'organisation des réunions

Pour les réunions entre décideurs, plutôt que d'utiliser les salles de téléconférence classiques à l'américaine, il est tout à fait possible de mettre en place, dans les entreprises ou les administrations, des salles équipées d'ordinateurs personnels connectés à des réseaux, avec échange vocal, ce qui serait probablement plus économique que d'autres solutions en apparence plus élaborées (salles d'opérations ou « war rooms » en Network Centric des multinationales américaines).

 

Logiciels libres

Il faut mentionner l'initiative de l'Adullact (Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales) qui, autour du réseau Framasoft, a permis de développer depuis 2002 une palette de logiciels libres dans la zone francophone qui a inspiré, avec quelques autres expériences européennes, l'initiative Joinup de l'Union européenne (voir Joinup collaboration platform dans la Wikipedia anglophone). Ce sont des initiatives clés car elles encouragent la limitation (si ce n'est l'interdiction) des brevets logiciels en Europe et vont dans le sens d'une préservation de l'indépendance européenne en matière de logiciels.

 

Conclusion

L'essentiel n'est toutefois pas l'outil mais la finalité que l'on se donne et la nécessaire fidélité à des principes de développement durable, d'intelligence économique, et de sécurité de l'information : tout projet complexe devrait commencer par une étude préalable, avec un audit (incluant bien les trois piliers du développement durable : environnement, social, économique), et une étude de cadrage consistant à identifier les données manipulées (tant environnementales, que sociales et économiques), les services demandés (gestion de documents, messagerie, forums de discussion, gestion des actions projet, gestion des jalons, insertion d'images...), les acteurs internes et externes et leurs responsabilités (faire des glossaires bien documentés), et visant à identifier le ou les meilleurs outils qui répondent aux besoins des utilisateurs et aux attentes des différentes parties prenantes tant internes qu'externes.

Stratégie et organisation de la maîtrise d'ouvrage

Les directions de développement durable des entreprises ne doivent bien évidemment pas se limiter à faire de la communication, comme cela a trop longtemps été le cas (Thierry Libaert, Communication et environnement, le pacte impossible, PUF, 2010). Elles doivent se coordonner étroitement avec les cellules d'intelligence économique, qui devraient étendre leur activité à l'intelligence stratégique. Les stratégies de développement durable doivent conduire les entreprises à identifier les opportunités et les menaces du marché (Didier Pautard, « Les avantages d'une approche marketing consciente des principes de responsabilité sociétale », Revue française du marketing n° 200 consacré au développement durable, décembre 2004). Les entreprises doivent faire des analyses SWOT (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats), c'est-à-dire en français forces, faiblesses, opportunités, menaces. Elles doivent mettre en place des programmes transversaux de développement durable, avec des correspondants dans les principales directions, y compris bien sûr dans la direction des systèmes d'information.

La première question à se poser en matière de gouvernance de l'organisation, concernant le déploiement de la responsabilité sociétale, porte sur l'existence de méthodes et d'outils pour déployer la stratégie à tous les niveaux (ISO 26000, Responsabilité sociétale, Comprendre, déployer, évaluer, AFNOR, 2010, p. 112). Les référentiels les plus utilisés dans les systèmes d'information, d'origine améraine (CMMI, CobiT), ou britannique (ITIL), n'abordent pas les enjeux environnementaux. CMMI est spécialisée dans la gestion de projet, et n'encourage pas la sobriété dans les développements logiciels. ITIL paraît a priori plus évolutif et plus souple que CMMI ou COBIT, mais concerne avant tout les centres informatiques. Pour définir un référentiel global qui réponde aux enjeux de l'environnement et plus généralement du développement durable, on peut s'inspirer du rapport du CIGREF de 2009 Du green IT aux SI écoresponsables, qui identifie cinq axes : conformité réglementaire et gestion des risques ; relations humaines ; relations avec les fournisseurs ; Green IT 1.0 ; IT for greenÀ l'avenir, ce référentiel devrait être structuré conformément à une mesure de la richesse révisée, et aborder les questions liées aux relations avec les parties prenantes.

Il faut enfin pointer le défaut d'organisation des assistances à maîtrise d'ouvrage de système d'information dans les grandes organisations françaises, que ce soit les entreprises ou les administrations, à tel point que l'on peut se demander s'il n'y a pas là l'une des raisons du déficit de croissance en France. Beaucoup a été fait pour augmenter le niveau de maturité des maîtrises d'œuvre, avec notamment CMMI et ITIL, mais un travail équivalent n'a pas encore été fait du côté des maîtrises d'ouvrage. Celles-ci sont le plus souvent éparpillées en morceaux disparates entre diverses organisations fonctionnelles, et la cohérence d'ensemble est souvent très mal assurée. Il s'ensuit en outre un grave déficit de sens dans les systèmes d'information, les informaticiens se retranchant derrière des méthodes techniques sans s'attaquer aux véritables enjeux dans les différents métiers. Il est souhaitable que de grandes entreprises industrielles ou financières, ainsi que les grandes administrations, mettent en place au plus vite des maîtrises d'ouvrage de coordination, qui aient la charge d'assurer la cohérence d'ensemble des systèmes d'information, avec la responsabilité d'interpréter les attentes de l'organisation dans ses différents métiers compte tenu du contexte global, sans négliger les données non structurées. C'est peut-être l'une des clés d'un redémarrage économique durable.

Méthodes et bonnes pratiques dans les systèmes d'information

Il existe plusieurs méthodes et bonnes pratiques dans les systèmes d'information, mais presque toutes sont anglo-saxonnes et ont été conçues à partir des années 1990, c'est-à-dire dans un contexte de préparation du passage informatique à l'an 2000.

Les principales méthodes, bonnes pratiques ou normes sont :

  • CMMI (Capability Maturity Model Integration), d'origine américaine (DoD et ses fournisseurs), apparu en 1991 pour le génie logiciel (CMM), qui concerne maintenant le développement et la maintenance du logiciel en général ; le champ de CMMI est approximativement le même que celui de la méthode MERISE française et de ses équivalents anglosaxons (SDM...) ;
  • ITIL (Information Technology Infrastructure Library), d'origine britannique, apparu dans les années 1990, qui concerne la production et le fonctionnement des centres informatiques ;
  • COBIT, d'origine américaine, pour la gouvernance des systèmes d'information ;
  • ISO 27001, pour la sécurité de l'information.

Il existe une certaine tendance, dans les milieux informatiques, à considérer les méthodes, non plus comme un moyen, mais comme un objectif en soi. Les personnes les plus ambitieuses y voient une bonne occasion de se faire valoir, de se donner de l'importance, pour doper leur carrière. On finit par ne plus percevoir la finalité des projets. Les besoins et attentes de l'utilisateur et de ses parties prenantes ne sont pas au centre des préoccupations de l'informaticien : la Direction des systèmes d'information est autocentrée. Dans la bonne vieille méthode Merise, la première chose que l'on demandait était d'identifier les enjeux. Dans le tout technologie dans lequel nous vivons, cette recommandation simple a été oubliée. Il y a une instrumentalisation de l'informatique. C'est ainsi que les enjeux sociaux et environnementaux ont été escamotés dans les systèmes d'information. Cette situation conduit à encourager le lancement de projets complexes et coûteux dont l'intérêt à long terme est douteux. Il y a aussi une tendance à raisonner exclusivement au niveau physique ou technique, c'est-à-dire à un niveau où les informations sont les plus volatiles. On raisonne rarement au niveau conceptuel, qui est le niveau de préoccupation le plus stable. La conséquence est que les informaticiens parlent un jargon incompréhensible des utilisateurs. Là encore, il s'agit seulement de se donner de l'importance en ayant l'apparence d'experts, et en s'appuyant sur la croyance du commun des mortels que le salut viendra de la technologie..

On remarquera qu'il n'existe pas de méthode qui s'intéresse à la relation entre les maîtrises d'ouvrage et les maîtrises d'œuvre autrement que sur les aspects d'études préalables / cahier des charge fonctionnel et maintenance matérielle et logicielle. L'assistance est couverte par ITIL dans la mesure où elle concerne les plateformes et où les demandes d'assistance sont envoyées par des techniciens informatiques. Il n'existe pas de méthode qui couvre l'assistance aux utilisateurs pour les problèmes rencontrés dans l'utilisation d'une application. De même, lorsqu'une maîtrise d'ouvrage n'est pas satisfaite par les applications qu'on lui propose, il n'existe pas de méthode qui donne des lignes directrices sur les services d'étude de cadrage nécessaires pour trouver une solution qui satisfasse les maîtrises d'ouvrage avec les exigences de sécurité de l'information et les exigences de développement durable nécessaires.

Par conséquent, pour se placer pleinement dans une posture post-an 2000 et se tourner résolument vers les attentes des utilisateurs et des parties prenantes, il faut maintenant imaginer une nouvelle méthode qui fasse une synthèse des méthodes et bonnes pratiques CMMI / ITIL / COBIT / ISO 27001, en éliminant le verbiage inutile, et en prenant en compte les exigences de développement durable que l'on trouve dans la norme ISO 26000, en particulier pour tout ce qui concerne les relations entre les maîtrises d'ouvrage et la direction des systèmes d'information, mais aussi pour ce qui concerne les relations de l'entreprise avec ses parties prenantes externes.

Énergie dans le secteur informatique

Dans le secteur informatique, les programmes de « greenIT » (éco-TIC en français) actuels consacrent de nombreux efforts à diminuer les déperditions de chaleur dans les centres informatiques (datacenters). Même s'il y a là un vrai sujet, l'origine du problème tient à la prolifération anarchique des informations dont nous avons parlé plus haut : on estime en effet que le volume des informations transportées par internet pourrait être multiplié par 40 d'ici 2020 ! La solution est plutôt à chercher dans l'optimisation du partage des ressources. 

De même, pour les ordinateurs personnels, le vrai problème n'est pas la consommation énergétique en phase d'utilisation, mais l'obsolescence programmée des ordinateurs due au renouvellement incessant des logiciels. Par exemple, Windows 7 / Office 2010 Pro nécessite 15 fois plus de puissance processeur, 71 fois plus de mémoire vive et 47 fois plus d’espace disque que le couple Windows 98 / Office 97 (Frédéric Bordage, greenIT, « logiciel : la clé de l'obsolescence programmee du matériel informatique »). Frédéric Bordage montre également que la fabrication d'un ordinateur personnel (en Chine) émet 24 fois plus de CO2 que lors de son utilisation. 

Dans ce contexte, il faut apprendre à développer les systèmes d'information adaptés. Selon Mihaela Mathieu, Antoine Zimmermann, Olivier Boissier, et Philippe Beaune, de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, la puissance des données ouvertes et liées peut beaucoup apporter à la dynamique du développement durable : « Mais la quasi-totalité des données ouvertes et liées se situe dans la sphère anglophone. Bien que les données puissent - doivent même - être liées au-delà des frontières linguistiques, la francophonie a tout intérêt à exister, sans tarder, dans ce nouvel espace ». Ces types de données devraient aider à développer les meilleures filières pour les énergies renouvelables (en veillant à ne pas utiliser outre mesure des métaux rares), et les filières de réacteurs nucléaires de quatrième génération (pour éviter l'épuisement des ressources liées à l'utilisation exclusive de réacteurs à eau pressurisée, notamment l'uranium utilisé comme combustible, et le zirconium qui constitue les gaines des assemblages combustibles des REP, avec l'avantage de la fermeture du cycle du combustible, l'utilisation optimale des matières fissiles, et, moyennant certaines recherches, le traitement de leurs propres déchets, et des parades efficaces à la prolifération).

Plans administration exemplaire

Il serait très avantageux d'inclure dans les plans administration exemplaire des ministères français une thématique sur les systèmes d'information, avec prise en compte dans les SI des dimensions environnementale, sociale et économique du développement durable, conformément à l'état de l'art, aux pratiques déjà existantes dans certains ministères, et à la bibliographie qui commence à s'étoffer.

Il faudrait que chaque ministère se dote d'un correspondant développement durable pour les systèmes d'information, chargé d'examiner toutes les facettes de la question dans son domaine, en relation avec les autres domaines. Chaque ministère pourrait nommer un préfigurateur chargé d'étudier les grandes lignes de la mission avant la création effective du poste. Une fois le poste créé, étant donné la complexité du sujet, il pourrait être fait appel à des conseils extérieurs (audit SI et développement durable).

 Il faut également que ces mesures stimulent la recherche publique et privée sur les relations entre les systèmes d'information et le développement durable.

Mesure révisée de la richesse

Il faudrait que la législation sur le pilotage des ressources naturelles soit beaucoup plus directive qu'elle ne l'est actuellement. Les informations sociales et environnementales dont doivent rendre compte les entreprises en vertu de la loi relative aux nouvelles régulations économiques de 2001 (loi NRE, article 116) devraient être strictement obligatoires, étendues à l'ensemble de l'Europe, et entrer dans un système de mesure intégré relié à un indicateur global de richesse, dont les composantes soient à la fois économiques, environnementales et sociales. La méthode de mesure de la richesse par le produit intérieur brut (PIB) est beaucoup trop quantitative. Il faut étudier comment gérer les risques climatiques autrement que par des produits dérivés (La gestion du risque climatique, Economica, 2004).

La solution proposée par la commission Stiglitz, axée autour de la notion d'« épargne nette ajoutée » (issue de la Banque mondiale), présente le gros inconvénient de rendre interchangeables les trois formes de capital : « économique » (issu de la production), « humain » (abordé via les seules dépenses d’éducation), et « naturel ». C'est donc une solution de durabilité faible. En outre, elle limite les dommages écologiques aux seuls aspects climatiques et ne s'intéresse donc pas à la raréfaction des ressources.

Dans cette optique, il faudra très probablement remettre de l'ordre dans un certain nombre de subventions publiques ou de mesures fiscales, qui sont devenues contre-productives d'un point de vue écologique. Cela permettrait en outre à l'État de faire des économies.

Économie circulaire

Au niveau technique, il est nécessaire de procéder à un recyclage généralisé de toutes les ressources pour lesquelles c'est possible. C'est-à-dire qu'il faut passer à une économie circulaire, comme l'ont décidé les Chinois. Les analyses de cycle de vie doivent intégrer toutes les ressources, même avec des estimations approchées. En ce qui concerne les métaux rares par exemple, le recyclage nécessite beaucoup moins d'énergie que l'extraction de nouvelles ressources, et il est donc économiquement rentable. Par exemple, il est aberrant que la durée d'amortissement des ordinateurs personnels soit seulement de trois ans. Il faut la rallonger. L'administration française a déjà décidé de la faire passer à cinq ans, mais cela n'est pas suffisant.

Il faut organiser l'ensemble de l'économie en filières intégrées, à l'instar de ce que la France a réalisé avec son industrie nucléaire. La sécurisation de l'approvisionnement en terres rares, par exemple, nécessite de raisonner en filières intégrées. Mais en plus, il faut parvenir à des cycles fermés. Enfin, il est nécessaire d'allonger considérablement les cycles de vie, pour diminuer les pertes inévitables liées aux nouveaux cycles. Il faut donc que les entreprises réapprennent à réparer leurs produits.

L'écologie industrielle doit être développée. Des expériences existent, au Danemark, ou en France à Grande Synthe près de Dunkerque.

International

Il serait tout à fait souhaitable, dans l'intérêt des pays en développement et des pays les moins avancés qui sont souvent localisés dans la francophonie, que le suivi du Sommet mondial sur la société de l'information, dont l'objectif est la réduction de la fracture numérique dans le monde, ne soit pas seulement effectué en anglo-américain, mais aussi d'autres langues (français, espagnol...). 

Le renforcement de notre communauté d'intérêt francophone pourrait ainsi permettre de généraliser des politiques de codéveloppement avec les pays en développement ou les moins avancés qui en ont particulièrement besoin, dans le respect de l'équité et du partage des ressources.

Optimisation des circuits de distribution

En matière de commerce électronique, il faut être particulièrement prudent. Le bilan écologique de cette forme de commerce ne peut être satisfaisant que si l'on parvient à optimiser les circuits de distribution physique des produits. Dans ce domaine, la gestion de la chaîne logistique (Supply Chain Management en anglais) a généralisé l'utilisation de points relais pour l'acheminement des colis au client final.

D'une façon générale, dans la distribution, il faut tendre vers le nombre minimal d'intermédiaires, c'est-à-dire par exemple en agriculture tendre vers les circuits courts : vente directe sans intermédiaire, ou bien au plus un intermédiaire, dans une aire géographique limitée. Tout intermédiaire introduit nécessairement des incertitudes quant à la traçabililté des produits. On a pu le constater dans le scandale sanitaire de la viande de cheval. Il s'agit ni plus ni moins d'optimiser les systèmes informatiques du point de vue des principes de sécurité DICP :

  • D : disponibilité ;
  • I : intégrité
  • C : confidentialité ;
  • P : preuve

Dans un système trop complexe de distribution, l'ensemble de ces critères, et particulièrement le critère de la preuve (traçabilité) peut être facilement mis en défaut.

Artisanat et commerce de proximité

Sans doute faudrait-il aussi redécouvrir les charmes de l'artisanat et du commerce de proximité. Un usage intelligent de la Toile peut conduire à redécouvrir d'anciennes recettes pour la confection locale de produits écologiquement et socialement performants, et à développer des formes de distribution plus adaptées aux besoins des populations, notamment du point de vue des contraintes de déplacement.

Gouvernance globale

Bien que cela ne soit pas le sujet de cette page, il nous faut évoquer la nécessité d'une gouvernance globale avec une philosophie de durabilité forte. La plupart des organismes onusiens devraient être réformés. Le Programme des Nations Unies sur l'Environnement est beaucoup trop sectorisé et ne permet pas d'aborder les problèmes environnementaux de façon holistique.

Les modèles économiques aussi sont à revoir. Aujourd'hui, l'économie tient compte de l'environnement par les concepts d'externalité, de principe pollueur-payeur, ou de taxe pigouvienne. Dans les théories économiques, les matières premières et l'énergie sont des composantes du capital circulant, qui fait partie du facteur de production « capital ». Néanmoins, Jean-Marc Jancovici montre dans son site internet que les modélisations économiques par les seuls facteurs de production capital et travail a pour résultat à terme l'épuisement des ressources naturelles (renouvelables ou non) de la terre. Peut-être faudrait-il introduire un troisième facteur de production : la terre (associée au pilier environnemental du développement durable), aux côtés du capital (associé au pilier économique) et du travail (associé au pilier social) ?

Conclusion

Les techniques de l'information sont un élément clé de la souveraineté. Face à la suprématie des Etats-Unis dans ce domaine, obtenue par la maîtrise globale de l'internet, il est de l'intérêt primordial de la France et de l'Union européenne de réagir par une stratégie cohérente alliant l'organisation des informations non structurées, procurant des avantages compétitifs, et la responsabilité sociétale des organisations, préservant le respect de l'environnement, l'équité sociale, et la rentabilité économique.

Bibliographie

  • Éric Denécé et Claude Revel, L'autre guerre des États-Unis : Économie : les secrets d'une machine de conquête, éditions Robert Laffont, 2005
     
  • Xavier Pavie, L'innovation responsable, stratégie et levier de croissance des organisations, Eyrolles, 2012
     
  • AFDIE, Alain Juillet, Haut responsable chargé de l'intelligence économique (préface), Modèle d'intelligence économique, Economica, Collection L'intelligence Économique
  • Bernard Beson, Jean-Claude Possin, L'audit d'intelligence économique, Mettre en place et optimiser un dispositif coordonné d'intelligence collective, 2e édition, Dunod, 2002
  • Christian Harbulot (dir.), Manuel d'intelligence économique, PUF, 2012
  • Jean-Louis Levet, Les pratiques de l'intelligence économique, Huit cas d'entreprise, Economica, Collection L'Intelligence Économique, 2002
  • Patrick Iribarne, Les tableaux de bord de la performance, Comment les concevoir, les aligner et les déployer sur les facteurs clés de succès, Dunod, 2003
  • René-Charles Tisseyre, Knowledge management, théorie et pratique de la gestion des connaissances, Hermès, 1999
  • Jean-Yves Prax, Le guide du knowledge management, Concepts et pratiques du management de la connaissance, Dunod, 2000
  • AFNOR, Management du risque. Approche globale. 2002
     
  • ISO 26000, https://www.iso.org/fr/iso-26000-social-responsibility.html

  • Georges-Yves Kervern, Éléments fondamentaux des cindyniques, Economica, Paris, 1995
     
  • Olivier Blond, Pour en finir avec l'écologie punitive, Grasset, 180 p., 2018

Liens internet

Aspects constitutionnels

Selon l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du Citoyen de 1789, « la Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration ».  Par conséquent, l'administration est tenue de rendre compte de l'application des principes de responsabilité sociétale contenus dans la norme ISO 26000, que nous évoquons ci-dessous, et des moyens qu'elle emploie pour la faire appliquer.

Selon l'article 8 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, contenu dans le bloc de constitutionnalité, « Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises ». Par conséquent les comités d'entreprise doivent participer à la stratégie de responsabilité sociétale des entreprises.

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